10/03/2006

Dragon Quest 8

  DRAGON QUEST VIII, LE TEST - Edité le 24/12/05 à 10:51

Par Yann

Editeur : Square Enix
Genre : RPG

Prévu pour le 13 Avril en Europe 

 

Il est toujours étonnant de constater qu’avec le temps, certaines choses changent et d’autres pas. Nés sur NES respectivement en 1986 et 1987, les premiers opus de Dragon Quest et Final Fantasy constituaient des œuvres très semblables (d’autant plus que le titre de Square s’était largement inspiré de son prédécesseur). Ensuite, ces deux sagas préférées de nos amis Japonais ont suivi leurs propres destinées. Alors que Dragon Quest a su conserver intacte son approche traditionnelle, Final Fantasy n’a cessé de développer son aspect cinématographique, une tendance cristallisée par le mythique Final Fantasy VII sur PsOne.

 

Ainsi cet épisode constitue le point de départ d’une phase d’occidentalisation progressive qui, à coups de mise en scène grandiloquente et de somptuaires cinématiques, a progressivement fait perdre son âme à la saga. D’ailleurs ce n’est sans doute pas un hasard si Hironobu Sakaguchi, le père de la saga, et Nobuo Uematsu, le compositeur attitré, ont récemment quitté Square désormais fusionné avec Enix. Illustration de cette triste évolution, le fan inconditionnel de Final Fantasy qu’est votre serviteur faillit s’endormir au bout de deux minutes de la démo promotionnelle de Final Fantasy XII qui accompagne la version Américaine Dragon Quest VIII. Une langueur passagère à laquelle le nouvel opus de "Draque" mit rapidement fin…

 

Dragon Quest VIII ne se perd en effet pas en développement scénaristique, notre héros se trouvant immédiatement plongé dans l’aventure aux côtés de ses compagnons, le rugueux Yangus, le Roi Trode et la princesse Medea, tous deux sous l’emprise d’un maléfice lancé par le machiavélique Dhoulmagus. Certes, la trame de cette histoire, en clair la poursuite d’un gros méchant ponctuée de multiples embûches, n’est pas des plus originales. Cependant comme à l’accoutumée avec Dragon Quest, un soin tout particulier a été apporté à la narration, celle-ci se distinguant par sa fraîcheur, son humour et ses nombreux rebondissement. Tantôt légère, tantôt dramatique, l’histoire parvient de ce fait à conférer une véritable profondeur à des personnages d’autant plus attachants.


 

A noter que ces derniers parleront de vive voix lors de scènes de dialogues parfois désopilantes et en tout cas parfaitement ciselées (notre héros, autrement dit « vous », reste par contre toujours aussi muet). Une petite entorse à la tradition, surtout comparée à la présentation graphique qui après des années de résistance (on se souvient de l’apparence hybride 2D/3D de Dragon Quest VII), se projette finalement dans la troisième dimension. Et de la plus belle des manières, le studio Level 5 ayant judicieusement opté pour le cel shading, l’héritier naturel de nos bons vieux graphismes en bitmap. Le formidable Character Design de l’incontournable Akira Toriyama (qui officie à cette fonction depuis le premier opus) en ressort magnifié.


 

Au-delà de la richesse des textures et de la flamboyante palette de couleurs, l’élément le plus impressionnant de Dragon Quest VIII reste sans doute le fulgurant sentiment de liberté véhiculé par cet immense environnement. Rien ne semble avoir été placé au hasard, des bosquets aux tortueux chemins de montagne en passant par les plages ensoleillées, l’univers de Dragon Quest VIII peut être exploré dans ses moindres recoins. Il en résulte une quasi absence de linéarité dans l’aventure en plus d’une splendeur de tous les instants sublimée par l’alternance entre le jour et la nuit. Cette variation aura bien entendu une incidence sur les événements (en particulier dans les villages), mais aussi sur les nombreuses rencontres aléatoires lors des déplacements, les ennemis étant la plupart du temps plus coriaces la nuit.

 

 

Toujours emprunts d’un immuable classicisme, les combats s’enchaînent (sans chargement) avec une efficacité redoutable. Malgré la disparition des classes et des professions, un système de « skills » associées aux différentes armes et caractéristiques des personnages vient apporter juste ce qu’il faut de profondeur aux affrontements. Car compte tenu de leur récurrence, les combats doivent rimer avec simplicité et explosivité, plutôt que de tourner au remue méninges comme semblent le penser de nombreux Game Designers de RPG en mal d’inspiration (pour ça on a les RPG tactiques).

 

A ce sujet, les amateurs de la série remarqueront que la difficulté, traditionnellement titanesque, a été quelque peu revue à la baisse de telle sorte qu’il ne faille pas effectuer des heures d’expérience entre chaque donjon. Une accessibilité accrue qui ne nuit néanmoins pas à l’ampleur colossale de la quête qui attend nos amis, sans compter les quêtes optionnelles remarquablement intégrées dans le déroulement de l’histoire. Par exemple, on pourra partir débusquer des monstres aux quatre coins du monde afin de les faire batailler non seulement à la place des personnages mais surtout au sein de la Monster Arena (avec de prestigieux prix à la clé). De même, la pratique de l’alchimie permettra d’expérimenter diverses fusions d’objets plus ou moins improbables, le résultat débouchant parfois sur d’incroyables trésors.

 

Enfin comment ne pas évoquer la somptueuse bande originale du vénérable Koichi Sugiyama (74 printemps quand même). Fidèle au poste depuis bientôt deux décennies, ce compositeur issu de la musique classique signe une nouvelle fois une partition très orchestrale. Oscillant entre de petites mélodies guillerettes et de sombres ambiances caverneuses, notre homme joue malicieusement la carte de la nostalgie en reprenant plus ou moins longuement des thèmes célèbres de la saga. De ces sonorités symphoniques émanent une atmosphère épique où l’émotion n’est jamais bien loin, comme en témoignent les musiques des villages qui se font plus douces une fois la nuit tombée. 


 

Conclusion
C’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, un adage qui résume parfaitement la nature traditionnelle de Dragon Quest VIII. Loin de se fourvoyer dans de pompeuses élucubrations cinématiques, Dragon Quest VIII ne tend pas non plus vers le passéisme et se concentre simplement sur l’essentiel. Car le titre de Level 5 constitue avant tout une invitation au voyage servie par un scénario terriblement prenant et une ambiance sonore enchanteresse. Ainsi au travers de cette superbe transition en 3D, la saga évolue dans la continuité, sans oublier ses origines. Peaufiné dans ses plus infimes détails, Dragon Quest VIII est une aventure inoubliable, teintée de candeur et d’émotion, qui s’impose comme l’un des meilleurs RPG de sa génération, si ce n’est tout court.

 

Verdict : 10/10

Extrait du site www.jeconsole.fr

17:40 Publié dans News | Lien permanent | Commentaires (0)

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